Leur expression est épurée, comme si elles avaient arraché de leur visage
toute trace de passion ou de sentiment, quelque fussent les circonstances dans
lesquelles elles se trouvent. Certes, elles regardent quelque chose, mais ce
quelque chose n’existe pas dans le même espace que celui dans lequel leurs corps
ont été placés.
Elles regardent de face, et scrutent ceux qui les dévisagent. Elles inclinent
leur tête, ou tendent leurs oreilles, leurs gestes nous donne l’impression que
pour elles, la réalité ordinaire de ce monde a été renversée et qu’elles nous
donnent à voir à la perfection ce retournement.
Elles sont dans un autre monde où elles espèrent, enivrées.
Les chaines de leurs corps ou de leurs mémoires sont rompues et tout d’un coup
l’inconnu fait irruption au coeur même du quotidien et du connu : la mort ou la
vie, le rêve ou la réalité, l’inconnu et le connu, tous ces aspects, désormais
de valeur égale, peuvent vivre dans un même espace.
Carlotta IKEDA